Entretien
Culture

Dan Tepfer : "Les Variations Goldberg comme un standard de jazz"

Festival des musiques des mondes moZ'aïque 2016

A seulement 29 ans, le pianiste et compositeur Dan Tepfer est l'un des musiciens de jazz les plus remarquables de la scène internationale. Cet artiste né à Paris dans une famille américaine, a développé un don rare en improvisation et une approche complexe et pourtant profondément mélodique de la musique. Il sera sur la scène 1 des Jardins Suspendus le mercredi 20 juillet 2016 à 20 h pour interpréter son dernier album solo Variations Goldberg/Variations (Sunnyside/Naïve). Entretien.

  • lehavre.fr : Comment qualifieriez-vous les Variations Goldberg que vous allez jouer à l’occasion du festival Mozaïque ?

Dan Tepfer : Pour moi, c’est la différence entre la vision naturelle d’une chose et la vision à travers une vitre colorée de cette même chose. Je joue une variation telle que Bach l'a écrite, puis j'improvise en m'inspirant de cette même variation et en suivant le même schéma harmonique que Bach, mais avec mon langage musical personnel. C’est la vision réfractée. C’est Bach, vu à travers le prisme de mon esthétique musicale.

  • lehavre.fr : Pourquoi un musicien de jazz, guidé par l’improvisation, s’éprend t-il de musique classique ?

Dan Tepfer : Car c’est de la très grande musique ! Je connais très peu de musiciens de jazz qui ne se disent pas inspirés par Bach, d’une manière ou d’une autre. De là à vouloir jouer cette musique, il n'y a qu'un pas à franchir. Par ailleurs, y ajouter mes propres variations improvisées est ma manière, sans doute, de retrouver ma liberté au sein de cette œuvre.

  • lehavre.fr : Pourquoi Goldberg ?

Dan Tepfer : C’est une œuvre que j’affectionne depuis que je suis petit. En m’y penchant de plus près, j’ai réalisé que ce Bach, en fait, s’apparente à ce que foit un musicien lorsqu’il improvise sur un standard de jazz : il pose d’abord son matériau musical (l'Aria) et invente ensuite des variations sur ce même matériau en préservant une trame harmonique identique. Puis il redonne l’Aria. Lorsqu’un musicien de jazz improvise sur un standard, s’il suit la façon conventionnelle de procéder : il joue le thème, improvise avec des idées nouvelles sur la trame harmonique du thème, qui se répète en boucle, et conclut en rejouant à nouveau le thème. C’était donc naturel pour moi d'utiliser les variations de Bach comme on utilise un standard en jazz.

  • lehavre.fr : Pensez-vous qu’il soit possible de rééditer l’expérience avec d’autres compositeurs ?

Dan Tepfer : C’est possible, évidemment, mais je ne cherche en aucune sorte à développer une formule et à la répéter. Je suis mon intuition. Mon travail sur les Variations Goldberg a pris dix ans à se solidifier. En ce moment, ce qui me branche le plus sur l’avenir c’est mon travail avec la musique algorithmique.

  • lehavre.fr : Connaissez-vous Le Havre ?

Dan Tepfer : Oui, je suis déjà venu ici plusieurs fois. En mars 2014, j'ai joué pour deux concerts au MuMa. J’ai également eu souvent l’occasion de faire des balades à vélo avec mes parents, notamment sur le bord de mer. J’ai par ailleurs noté l'intérêt de l’architecture post-guerre. C’est une belle ville dans laquelle j’ai hâte de revenir.