Entretien
Culture

Trio Joubran : "Une véritable histoire de famille"

Festival des musiques des mondes moZ'aïque 2016

Les trois frères Samir, Wissam, et Adnan Joubran sont les héritiers d’une ancienne famille de luthiers de Palestine dont l’histoire court sur quatre générations. Fondé en 2004, Le Trio Joubran joue un répertoire basé sur des compositions originales et sur des improvisations. Aujourd'hui mondialement reconnu comme une formation emblématique de la riche culture de Palestine, le trio sera sur la scène du festival de musiques des mondes moZ'aïque, vendredi 22 juillet 2016 à 20 h (Scène 1) au coeur des Jardins Suspendus. Leur virtuosité exceptionnelle et leur musique intense et profonde vous procureront émotions. Entretien.

  • lehavre.fr : Pouvez-vous nous parler du Oud, de son origine et de ses légendes ?

Wissam Joubran : Le Oud est un instrument à cordes qu'on fait vibrer avec un plectre. Il se distingue par ses ornements, ses ciselures et l'emploi de matériaux précieux comme l’ivoire, la nacre... Il prend sa forme, sa couleur et sa sonorité dans la finesse, la souplesse du bois utilisé. Dans le dictionnaire arabe, le mot « Oud » signifie bâton ou bois. Il est aujourd’hui considéré comme le père de tous les instruments arabes et occupe une place importante dans l'orchestre oriental accompagnant chanteurs et musiciens.

  • lehavre.fr : C’est un instrument palestinien ?

W.J. : Certains disent qu'il était d'origine perse, d’autres égyptienne, voire venant du désert. Aujourd'hui, l'hypothèse la plus certaine est qu'il trouve des origines dans l'Irak antique (époque de l'empire d'Akkad  soit 2350-2170 avant J. C.)

  • lehavre.fr : Pourquoi avoir choisi cet instrument ?

W.J. : C’est une véritable histoire de famille. Mon arrière-grand-père, luthier et musicien, était très connu en Palestine et dans le monde arabe a transmis sa passion à mon grand-père qui a poursuivi cette activité clandestinement car son père le lui avait interdit en lui expliquant qu’il ne pourrait pas subvenir financièrement au besoin de sa famille. Malgré cette interdiction, il a continué de construire des Ouds car il adorait ça ! Mon père a quant à lui découvert l’activité sur le tard. Je ne peux pas expliquer d’où vient cette passion pour cet instrument ; c’est comme une force qui nous pousse vers lui. C’est peut-être le son, la forme, les vibrations qui entrent dans le corps, mais c’est plus fort que nous. J’ai moi-même commencé la musique en faisant du violon mais le Oud a pris le dessus sur moi !

  • lehavre.fr : Vous allez maintenant transmettre votre savoir et votre passion à vos enfants ?

W.J. : Mon fils a 3 ans aujourd’hui. Je ne le pousse pas. Il fera ce qu’il voudra. Une chose est sûre, c’est qu’il aime la musique. Sans savoir que j’étais musicien, sa maitresse d’école nous a dit dernièrement qu’il se passait quelque chose en lui lorsqu’il y avait de la musique ! S’il veut poursuivre, il le fera. C’est un instrument extrêmement riche. Mes frères et moi sommes convaincus qu’on n’a pas encore tout exploré de cet instrument, c’est pour cette raison que  j’aimerais vraiment créer une école de Oud. Je ne sais pas encore où. J’aimerais beaucoup l’installer en Palestine mais le contexte politique ne s’y prête pas trop. En France ? En Italie ? Je ne sais pas encore.

  • lehavre.fr : Vous avez d’autres projets ?

W.J. : Oui bien sûr.  J’aimerais également créer un musée du Oud. Cet instrument est extrêmement vieux et pourtant il n’en existe que très peu de spécimens (une centaine peut-être). Cet instrument mérite d’avoir un endroit pour raconter son histoire.

  • lehavre.fr : C’est la première fois que vous allez venir au Havre ?

W.J. : Non, nous sommes déjà venus en 2006 voir Mahmoud Darwich au Volcan. Mahmoud Darwich est considéré comme le plus grand poète de langue arabe. Sa poésie touche à l’universel. Il est raffiné et populaire à la fois. Il nous inspire tellement. Nous sommes vraiment heureux de revenir dans une ville où nous avons partagé un moment magique. C’est un honneur pour nous de revenir au Havre.